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Projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles

Référence : LOI n° 2026-796 du 18 août 2026 — Texte officiel (Légifrance) (nouvel onglet)

Ce que dit la loi

Cette loi porte sur la souveraineté alimentaire. Elle intervient sur les conditions de production agricole (protection des cultures contre les ravageurs, accès à l'eau et stockage), sur l'information du consommateur relative à l'origine des aliments, sur les relations commerciales entre agriculteurs, industriels et distributeurs, sur la protection pénale des exploitations et de leur matériel, sur le foncier agricole et sur la gestion du loup.

Elle fixe à l'État des objectifs chiffrés en matière d'eau : un doublement des volumes de stockage à usage agricole d'ici 2035 et une multiplication des volumes d'eaux usées traitées réutilisées par dix d'ici 2030, par trente d'ici 2040 et par cinquante d'ici 2050. Elle crée aussi, au niveau régional, une reconnaissance de « projets d'avenir agricole » bénéficiant d'une priorité dans l'accompagnement public, et rouvre à titre temporaire, pour quelques cultures et sous conditions, la possibilité de dérogations à l'interdiction de certains insecticides. Elle autorise le Gouvernement à légiférer par ordonnance sur les contrôles en sécurité sanitaire des aliments, sur la prévention des maladies animales et végétales et sur le régime applicable aux élevages.

Plusieurs dispositions du texte adopté par le Parlement ont été déclarées non conformes à la Constitution par le Conseil constitutionnel le 14 août 2026 et ne s'appliquent pas. Une partie des mesures ne prendra effet qu'après publication de décrets, et certaines dates d'application sont échelonnées jusqu'en 2030.

Ce que ça change en pratique

Si vous achetez de l'alimentation, l'indication de l'origine devient obligatoire pour les viandes de bœuf, porc, mouton, chèvre et volaille utilisées comme ingrédient dans des plats préemballés, ainsi que pour les poissons d'élevage, leurs œufs et les coquillages employés comme ingrédients ; les produits sous appellation d'origine et les produits biologiques en sont exclus, et les modalités seront fixées par décret. Au restaurant, l'origine devra aussi être affichée pour les plats contenant ces produits de la mer et de l'aquaculture, au plus tard le 1er janvier 2028. Quand le prix est imprimé directement sur un emballage de fruits ou légumes, frais ou secs, il devra désormais figurer juste à côté de la mention d'origine et être aussi lisible qu'elle.

Si vous êtes agriculteur, des dérogations peuvent être demandées, pour un an renouvelable deux fois, afin d'utiliser des semences de betteraves sucrières traitées au flupyradifurone, cette même substance sur cerises et pommes, et l'acétamipride sur noisettes ; elles supposent une menace grave sur la production, l'absence de solution alternative suffisante et un plan de recherche, et ce dispositif disparaît trois ans après la promulgation. En cas de retrait d'une autorisation de produit phytopharmaceutique, le délai pour vendre, stocker et utiliser les stocks existants est porté au maximum permis par le droit européen. Côté eau, l'organisme unique de gestion collective de l'irrigation doit établir chaque année un plan de répartition garantissant un accès non discriminatoire, sans exclure de nouveaux irrigants ; si son autorisation de prélèvement est annulée, l'administration peut autoriser la poursuite des prélèvements pour trois ans au maximum ; les prélèvements servant uniquement à l'aspersion antigel des vignes, vergers et autres cultures pérennes peuvent être dispensés de compteur permanent, à condition que la réalité de l'usage puisse être vérifiée après coup.

Si vous vendez votre production à un acheteur, le contrat ou l'accord-cadre écrit doit être conclu dans les quatre mois suivant la proposition (six au plus par accord interprofessionnel) ; à défaut, le médiateur des relations commerciales agricoles doit être saisi sous quinze jours, puis, en cas d'échec, le comité de règlement des différends. La durée minimale du contrat est de trois ans, sauf produits soumis à accises, raisins, moûts et vins, ou durée différente fixée par accord interprofessionnel ou décret ; un producteur peut y renoncer expressément et par écrit. Pour ceux qui ont engagé une production depuis moins de cinq ans, l'acheteur ne peut pas résilier avant ce terme, sauf inexécution ou force majeure. Les contrats en cours doivent être mis en conformité à leur prochain renouvellement, et les nouvelles sanctions entrent en vigueur au plus tard le 1er octobre 2027. Si vous livrez du lait au sein d'une organisation de producteurs qui négocie pour vous, la durée minimale d'adhésion passe à cinq ans renouvelables, avec des sorties possibles en cas de manquement grave, d'accord mutuel ou de passage à un label de qualité que l'organisation ne peut pas suivre : dès l'entrée en vigueur pour les nouvelles demandes, au 1er janvier 2027 pour les adhésions existantes, après information des membres avant le 1er décembre 2026.

Si vous élevez des animaux, le régime de déclaration de tirs de défense contre le loup s'applique dans toutes les communes pour les troupeaux d'ovins, caprins, bovins, équins et asins, et les troupeaux de bovins, chevaux et ânes sont reconnus comme ne pouvant pas être protégés. Le préfet peut, face à des attaques répétées d'une meute, vous autoriser ou autoriser votre mandataire à effectuer des tirs de prélèvement, et autoriser l'usage de lunettes de vision nocturne ou thermique sous conditions (permis de chasser, formation auprès de l'Office français de la biodiversité ou d'un lieutenant de louveterie, participation préalable à une opération encadrée), pour sept mois au plus par an et dans un périmètre déterminé. En cas de dommage suspecté, un constat est réalisé sur place par un agent habilité, un arrêté prévoyant les cas où vous pourrez le faire vous-même et le transmettre par voie électronique ; le récépissé d'une déclaration de tir de défense doit être remis en un jour ouvré à compter d'un dossier complet. Les vols et dégradations commis sur les lieux d'activité agricole, sur le matériel agricole ou sur les retenues et réseaux d'eau à usage agricole deviennent des infractions aggravées ; l'intrusion dans un local d'élevage, d'abattage ou de découpe est punie de deux ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende, et la dégradation d'un terrain agricole de deux ans et 15 000 euros. En cas de vol dûment constaté et déclaré, l'accise n'est pas due sur les produits définitivement perdus, sauf fraude, négligence grave ou manquement caractérisé à la surveillance.

Si vous gérez une commune, une intercommunalité ou une cantine publique, les repas servis dans les restaurants collectifs dont une personne publique a la charge doivent être composés uniquement de produits originaires de l'Union européenne, de l'Espace économique européen ou des pays et territoires d'outre-mer, sauf absence d'offre suffisante pour un produit non substituable ; cette règle s'applique aux consultations engagées ou avis d'appel à la concurrence envoyés à compter de la promulgation, et ne s'applique pas dans les collectivités d'outre-mer relevant de l'article 73 ni à Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre-et-Miquelon. Les obligations de qualité et de durabilité des approvisionnements sont étendues aux gestionnaires privés de restauration collective, avec un seuil de 30 % en valeur pour certaines catégories de produits, et les échéances antérieures de 2022 et 2024 sont supprimées. Toutes les structures concernées doivent transmettre chaque année au ministère de l'agriculture les informations nécessaires au bilan statistique public.

7 autres publics concernés

Si votre collectivité produit de l'eau potable, elle doit contribuer à la gestion et à la préservation de la ressource, sauf exonération liée à la qualité de l'eau brute au point de prélèvement ou absence d'obligation de plan de gestion sanitaire, et proposer au préfet la délimitation des aires d'alimentation de captages en identifiant les zones les plus contributives aux pollutions. Une cellule d'animation et un comité de pilotage associant les services de l'État peuvent être mis en place. Les charges nouvelles font l'objet d'une compensation financière, et les décrets d'application sont prévus dans les six mois suivant la promulgation.

Si vous dirigez une entreprise alimentaire, un commerce ou une chaîne de restauration, l'introduction, l'importation ou la mise sur le marché de denrées ou d'aliments pour animaux contenant des résidus de substances interdites, en méconnaissance d'une mesure ministérielle de suspension, expose à une amende administrative pouvant atteindre 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen des trois derniers exercices, avec publication de la décision systématique en cas de récidive dans les cinq ans. À compter du 1er janvier 2030, les grandes chaînes de restauration commerciale, les commerces de détail alimentaire de plus de 400 m² appartenant à un réseau d'au moins cinq points de vente et les entreprises de transformation agroalimentaire de taille intermédiaire ou grandes devront déclarer au ministère et rendre publique la part de produits durables et de qualité dans leurs achats ; les commerces de détail devront en outre publier, pour leurs marques de distributeur, la part des produits dont l'ingrédient principal vient de l'Union européenne, de l'Espace économique européen et de France.

Si vous fournissez ou distribuez des produits alimentaires, la convention annuelle doit comporter une clause de révision automatique du prix suivant le coût des matières premières agricoles, à la hausse comme à la baisse ; lorsque le fournisseur a inscrit cette formule dans ses conditions générales de vente, elle est reprise dans la convention et n'est pas négociable, les évolutions de prix s'appliquant au plus tard un mois après son activation. Le distributeur dispose d'un mois pour accepter, refuser de façon détaillée et écrite ou désigner les points qu'il veut négocier, et doit justifier par des éléments objectifs toute demande de baisse de tarif. Les appels d'offres ou mises en concurrence répétés créant un déséquilibre significatif, ainsi que les réductions substantielles de volumes de commandes en cours de négociation, peuvent engager la responsabilité de leur auteur. Jusqu'au 31 décembre 2029, la date butoir des négociations est avancée au 31 janvier pour les fournisseurs dont le chiffre d'affaires mondial est inférieur à 350 millions d'euros, et, à titre expérimental, un fournisseur sans convention conclue au 1er mars peut rompre la relation sans que la rupture brutale lui soit opposée, ou demander un préavis.

Si vous vendez ou louez des terres agricoles, ou si vous êtes notaire, la notification à la SAFER doit être séparée entre les biens sur lesquels elle peut préempter et les biens non contigus sur lesquels elle ne peut pas, chaque notification valant opération distincte, sauf monuments historiques et jardins remarquables. La SAFER peut demander à visiter le bien, ce qui suspend le délai de préemption, et son droit de préemption ne joue pas contre le preneur en place qui exploite depuis plus de trois ans dans les conditions prévues. Toute conclusion ou cession de bail emphytéotique sur des biens agricoles doit lui être signalée par le notaire au moins deux mois avant, à peine de nullité du contrat : elle disposera de deux mois pour s'y opposer, son silence valant renonciation, plusieurs cas étant exclus (parenté jusqu'au quatrième degré, personne publique, projet d'énergie renouvelable, projet déjà autorisé, zone d'aménagement différé notamment).

Si vous portez un projet consommant des terres agricoles, le défaut d'étude préalable ou de mesures de compensation collective peut entraîner, après mise en demeure, la consignation des sommes correspondantes, l'exécution d'office à vos frais, une amende administrative jusqu'à 30 000 euros et une astreinte jusqu'à 1 500 euros par jour, avec publication possible sur le site des services de l'État. Pour les installations agrivoltaïques, la compensation collective ne porte que sur les surfaces définitivement ou temporairement soustraites à l'activité agricole. Sur terres agricoles, les mesures de compensation écologique peuvent être réalisées dans un périmètre plus large, en priorité sur des terrains incultes ou peu productifs, et en privilégiant la contractualisation avec des exploitants. Si vous contestez en justice une autorisation portant sur un projet agricole, énergétique, industriel, de transport ou d'aménagement, le bénéficiaire de l'acte pourra demander des dommages et intérêts en cas de comportement abusif, le seul rejet du recours ne suffisant pas à le caractériser.

Si vous êtes lieutenant de louveterie, l'activité est exercée à titre bénévole et ouvre droit à une autorisation d'absence pendant le temps de travail, refusable seulement pour les nécessités du service ou de l'entreprise et par décision motivée ; une convention peut être conclue avec l'employeur sur les modalités de disponibilité. Les associations nationale, régionales et départementales de louveterie peuvent acquérir et détenir des armes de catégorie C pour les remettre aux lieutenants en mission. Les fédérations départementales des chasseurs participent à la collecte des indices de présence du loup selon le protocole de l'Office français de la biodiversité.

Si vous êtes vétérinaire, les menaces, violences ou intimidations visant l'exercice de votre profession, ainsi que celles commises dans votre local professionnel ou le lieu de détention d'animaux où vous intervenez, relèvent désormais du délit d'entrave prévu pour les professionnels de santé. Des ordonnances à venir pourront modifier le champ des missions de vétérinaire sanitaire et mandaté, les règles sur les médicaments vétérinaires et la vente à distance, après concertation avec les organisations professionnelles.

Arguments des partisans

Arguments des opposants

  • Le présent texte, qui confisque aux citoyens le droit de recours et les espaces de concertation, ne fait pas référence à une telle notion de souveraineté alimentaire. Ce qui menace cette dernière, c’est le dérèglement climatique, c’est l’effondrement de la biodiversité. Or ce texte accélère ces phénomènes et ne fait pas non plus référence à la biodiversité.

    M. Benoît Biteau, séance du 19/05/2026 · Assemblée nationale — source de l'argument de M. Benoît Biteau, séance du 19/05/2026 · Assemblée nationale (nouvel onglet)

  • s’agissant des dispositions relatives à la gestion de l’eau, nous ne sommes pas de ceux qui s’opposent à tout projet de stockage, mais les articles adoptés ne feront que déstabiliser le fragile équilibre existant en matière de gestion de l’eau par bassin versant pour lui substituer des outils dérogatoires aux contours et à la gouvernance toujours plus flous. Ils ne feront, j’en suis persuadé, qu’accentuer les conflits d’usage aux dépens d’une gestion démocratique cohérente par bassin et sous-bassin

    M. Julien Brugerolles (GDR), séance du 02/06/2026 · Assemblée nationale — source de l'argument de M. Julien Brugerolles (GDR), séance du 02/06/2026 · Assemblée nationale (nouvel onglet)

  • Cette fois, ce sont les tirs de loups dans les réserves naturelles, l’affaiblissement de la protection des zones humides et des seuils ICPE – installation classée pour la protection de l’environnement –, la possibilité pour les préfets de s’asseoir sur les décisions de justice, la suppression des objectifs de sobriété dans les usages de l’eau tout comme des réunions publiques avant les projets de stockage.

    Mme Marie Pochon (EcoS), séance du 02/06/2026 · Assemblée nationale — source de l'argument de Mme Marie Pochon (EcoS), séance du 02/06/2026 · Assemblée nationale (nouvel onglet)

Qui a écrit cette présentation ?

Les deux premiers blocs résument le texte officiel avec l'aide d'une intelligence artificielle, puis sont relus et validés par une personne bénévole qui n'est ni juriste, ni spécialiste du sujet. Ils peuvent donc contenir des erreurs, des approximations ou des oublis, et rien ne les rattrape aujourd'hui. En cas de doute, c'est le texte officiel qui fait foi : si vous le pouvez, n'hésitez pas à vous référer aux textes officiels mis en lien sur cette page. Signaler une erreur.

Les arguments, eux, ne sont rédigés par personne ici : ce sont des passages cités mot pour mot des comptes rendus des séances publiques, avec le nom de leur auteur et un lien vers le compte rendu.

Ce travail devrait être celui de nos député·e·s. Exposer une loi de façon neutre et compréhensible à celles et ceux qu'elle engage fait partie du mandat. En attendant, cette plateforme s'en charge du mieux qu'elle peut (assistée par IA).

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